Photo: Ktoine

Comme toute exploratrice digne de ce nom et comme bien d’autres Français expatriés dans le monde entier, j’ai fait l’expérience de certains moments de frustration intense: la tyrannie des stéréotypes vous suit partout. Comment s’en défaire? Avec le temps, j’ai appris à identifier ces banalités cycliques pour mieux les ignorer. Mon conseil: une généreuse dose d’humour. Il est grand temps de partager ces instants à savourer, et à digérer… Pour mieux les oublier.

1. « La nourriture française te manque pas trop? »

Voilà un ravissant petit compliment voilé qui se répète au moins deux fois par semaine. Votre interlocuteur flatte ici la gastronomie française, présente partout à l’étranger: la crème de mushroom et autres perles gastro-linguistiques trans-dictionnaires vous attendent au détour de plus d’un menu. Autre avantage: en tant que Français, on partira automatiquement du principe que vous possédez des connaissances culinaires hors paires: « Tu sais faire une vinaigrette? Sans la recette?! »

2. « Pas trop dur de supporter la météo? »

C’est bien connu, nous autres Gaulois n’avons qu’une crainte, c’est que le ciel ne nous tombe sur la tête. J’avoue que le Français a généralement la complainte facile, et je me berce de la douce illusion que c’est exactement ce qui fait notre charme. C’est vrai, en Irlande (où je me suis installée), il pleut en moyenne 365 jours par an, avec un jour d’été toutes les années bissextiles; mais toujours est-il que je viens de la région parisienne et qu’à part en juillet-août, le temps n’y est pas particulièrement immanquable… Mes propos provoqueront certainement la discorde et nos amis du sud exprimeront probablement leur désaccord à grands coups de régionalismes colorés « Oh, fan de chichourle! », « Oh con! ». Quoi qu’il en soit, méfiez-vous des Français qui se plaignent du temps: c’est un sport national.

3. « Vous, les Français, n’êtes pas accueillants. »

Voici une critique de mes compatriotes ressortissants de l’Hexagone à laquelle je ne m’oppose qu’à moitié; mais attention à ne pas généraliser: Paris = tous aux abris! J’en viens, ou presque, et moi aussi je me voyais jetée dans la catégorie des provinciales paysantes; et puis après tout, je ne suis pas Miss France, je ne prétends pas représenter le nation toute entière.

4. Attribuez nos moindres sautes d’humeur au fait que nous sommes Français.

Attention danger: vous pourriez en perdre la tête! Personne, dans le monde entier, n’oubliera jamais les évènements déclenchés par la prise de la Bastille le 14 juillet 1789.

5. « Alors, tu es venu enseigner le français? »

Flash spécial emploi: oui, les Français sont eux aussi capable de se trouver une vocation autre que l’enseignement, même si je me dois de souligner le fait qu’être francophone de naissance est une chance lorsqu’on souhaite travailler à l’étranger, et pas seulement dans le domaine de la bonne chère. Selon de récentes statistiques du gouvernement français, en 2013 on compterait « 220 millions de francophones à travers le monde, dont 72 millions de francophones dit partiels ». Enseignant FLE (Français Langue Étrangère) faites donc vos bagages: voici un métier d’avenir pour les aventuriers en herbe!

6. « Et tu as quitté la France à cause du chômage? »

Traduction: « Alors comme ça tu es venu nous piquer notre boulot? »

Depuis le début de la crise en 2008, le manque d’emploi sévit partout dans le monde. Les jeunes diplômés le sont de moins en moins; tandis que les employeurs exigent de l’expérience professionnelle, les petits boulots, stages, etc. sont de plus en plus dur à dénicher; l’anglais devient une compétence indispensable dans tous les secteurs… Les Français, comme tant d’autres, s’adaptent à la tendance et choisissent l’expatriation provisoire, voire permanente. Comment leur en vouloir ?

7. Le Français est paresseux.

Il semblerait que les avantages sociaux dont profitent les Français dans leur propre pays leur donnent mauvaise réputation.

Je me contenterai ici de partager une anecdote: mon ex-collègue russe m’a un jour expliqué qu’un de ses amis avait ouvert un salon de thé mais n’emploierait jamais de Français : « Vous êtes trop paresseux », affirma-t-il avec certitude, avant de se rasseoir pour mieux poursuivre sa séance de méditation en pleine heure du déjeuner au café dublinois où nous travaillions. Dur dur de rester stoïque quand les paroles de la Marseillaise viennent alors vous marteler l’esprit.

8. « Je déteste les Français à cause de Thierry Henry. »

En voilà, une belle preuve d’ouverture! Quel esprit sportif! Il ne faisait pas bon être Français en Irlande après l’incident sportif qui marqua 2009… Bien heureusement, je ne me sens absolument pas concernée par ces rivalités patriotiques sportives. Mon conseil: restez à l’écart, à l’abri du banc de touche: avec le temps va, tout s’en va…

9. Partez du principe que la France est le pays de la désinhibition sexuelle.

Merci Serge Gainsbourg et Jane Birkin pour votre grand succès « 69 année érotique ». C’est bien connu, depuis 1968, la nation française dans son ensemble est victime d’une vague de chaleur constante; les pauvres âmes en rut qui errent dans l’Hexagone sont à la merci de leurs hormones. Au début, c’est flatteur, puis on se fatigue vite de ces sourires lubriques … Un peu de pudeur! Et l’art de faire la cour dans tout ça?

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