S’il y a une chose qui m’a permis de laisser l’adolescent odieux que j’étais derrière moi pour enfin devenir quelqu’un de bien, enfin presque, et conscient du monde qui l’entoure, c’est d’avoir voyagé. Lorsque j’ai atteint la vingtaine, j’ai passé beaucoup de temps à l’étranger dans des pays en développement et cela m’a obligé à effacer puis à réécrire tout ce que je savais de la vie sur cette planète. Je n’étais plus le centre du monde et ma culture ne primait plus sur celle des autres.

Je me suis fait surprendre quand, pendant un voyage en Asie du Sud-Est en 2007, on m’a dit que voyager en Birmanie était contraire aux souhaits de la Ligue Nationale pour la Démocratie, c’est à dire à ceux de la femme à la tête de ce groupe, également récompensée du Prix Nobel de la Paix, Aung San Suu Kyi. Ces derniers avaient demandé au monde entier de ne pas venir visiter la Birmanie et, par-là, de ne pas soutenir le régime militaire violent au pouvoir dans ce pays. Aujourd’hui cependant, Aung San Suu Kyi a décidé d’adopter une approche différente vis-à-vis du tourisme et le pays est sur la voie de la démocratie, mais, en 2007, mes compagnons de voyage et moi-même avions vivement débattu de la requête des démocrates birmans, au point de la comparer au boycott culturel de l’Afrique du Sud pendant l’apartheid.

Nous avions parlé et débattu du sujet jusqu’à ce que nous ayons épuisé nos arguments sans pour autant parvenir à quelconque conclusion; si bien que je me demande toujours: est-il parfois immoral de voyager? Est-ce que le fait que la population locale vous demande de ne pas venir vous oblige moralement à ne pas le faire? Quelles sont les autres circonstances qui pousseraient un voyageur à ne pas faire telle ou telle chose dans le cadre d’un voyage? Au fil du temps et de mes réflexions, j’ai mis en place deux règles qui me permettent de juger si un voyage pose un problème éthique.

Règle numéro 1: respecter votre hôte

Cette règle est un moyen simple de savoir si vous devriez vous rendre quelque part ou pas. Quand les occidentaux pensent « voyage », ils pensent généralement en termes capitalistes: je me rends dans ce pays, je dépense de l’argent dans ce pays et ses habitants me fournissent un service ou un produit en m’accueillant. Quand vous pensez de cette manière, il n’y a jamais de problème éthique du moment que vous compensez financièrement les personnes pour les services qu’elles vous ont rendus (leur accueil) et les produits que vous avez consommés (leur pays et leur culture).

C’est une façon de percevoir le voyage qui est absolument affreuse. Voyager, ça n’est pas pareil que d’acheter un fruit au marché; voyager c’est comme pénétrer dans la maison de quelqu’un. Dès lors, il vous faut vous comporter comme un invité, pas comme un client. Vous n’iriez pas passer du temps chez un ami sans faire votre lit et ne laisseriez pas la salle de bain dans un état pitoyable (à moins que vous ne soyez vraiment impoli). De plus, si vous demandez à votre ami si vous pouvez venir lui rendre visite et qu’il vous répond que ce n’est pas le moment, il ne vous viendrait pas à l’esprit de débouler chez lui et de vous mettre à l’aise dans son salon.

Bien sûr, ce n’est pas toujours aussi simple. Après tout, un pays ça n’est pas juste quelques personnes vivant sous le même toit, mais des millions de personnes aux origines et aux intérêts divers. Cependant, cette règle reste un bon point de repère et elle vous permettra sûrement de savoir si le périple que vous planifiez est moralement acceptable, ou non.

Règle numéro 2: plus de mal que de bien

Il est impossible de voyager sans avoir un impact négatif sur votre environnement, même si ce dernier est infime. Qu’il s’agisse de votre mode de transport et des conséquences écologiques qu’il entraîne, ou que vous soyez un touriste parmi tant d’autres et que les autres n’aient pas autant de scrupules que vous (peut-être que ces derniers prennent part au commerce du sexe ou bien qu’ils abîment les sites culturels quand ils les visitent). Il se peut même que la présence de beaucoup de touristes dans ce pays amène les autorités locales à être bien plus sévères face aux populations pauvres ou sans abris. En conclusion, votre visite ne passera jamais inaperçue, même si votre empreinte carbone, elle, reste limitée.

Mais voilà… C’est la vie! De nos jours, il est impossible de mener une vie 100% éthique à moins de vivre dans les bois et de ne jamais rien acheter. Ne vous attendez donc pas à ce que votre séjour dans un pays étranger ne soit que positif.

L’objectif est de faire tout son possible pour que votre voyage crée plus de bien que de mal. Premièrement, essayez de voyager d’une manière aussi écologique que possible. Deuxièmement, privilégiez les vendeurs locaux plutôt que les grosses agences de voyages multinationales. N’allez pas dans les hôtels qui traitent mal leur personnel ou qui ne respectent pas l’environnement. Surtout, comportez-vous de manière respectueuse, il se peut que ce soit assez pour faire pencher la balance et cette attitude vous permettra d’avoir un impact aussi positif que possible.

Si mes projets de voyage ne respectent pas ces deux règles, je ne pars pas. En général, ça n’est pas le cas, mais si je suis ces principes, je ne devrais pas me rendre dans les pays accueillant la Coupe du monde en 2018 (la Russie) et en 2022 (le Qatar). Peu importe les règles que vous établissez pour vos voyages, il est toujours bon d’en avoir. On pense souvent que les voyages ne peuvent être que bénéfiques, mais ça n’est pas le cas. C’est un choix moral et ça, vous devriez toujours le garder à l’esprit.

Soyez le premier à laisser un commentaire