Nantes ne se trouve pas généralement sur l’itinéraire des voyageurs visitant la France, et pourtant, c’est un bel exemple d’une ville qui a de l’avenir.

Nantes, une ville pleine de merveilles

Située sur la Loire à environ 50 kilomètres de la côte Atlantique, Nantes est la sixième plus grande ville de France avec plus de 600 mille habitants. Au début des années 1990, Nantes a entamé un des plus grands projets de redéveloppement urbain d’Europe en décidant de transformer l’ancienne zone des chantiers navals en un quartier polyvalent et culturellement diversifié. Grand de 337 hectares et situé sur une île au cœur de la ville, le projet de l’Île de Nantes est alors rapidement devenu une plateforme grouillant d’industries créatives. Alors que beaucoup d’artistes et d’entreprises nouvelles s’installaient dans les vieux bâtiments d’usine, deux visionnaires aux talents créatifs exceptionnels concevaient lentement une série de machines interactives et amusantes à la croisée du monde fantastique de Jules Verne et de l’univers des arts mécaniques de Léonard de Vinci.

Aujourd’hui, Les Machines de l’île de François Delarozière et de Pierre Orefice se trouvent au cœur du projet d’une génération toute entière qui attire les visiteurs d’ici et d’ailleurs. La collection d’immenses animaux et créatures des mers mécaniques sortis tout droit de l’imagination des deux inventeurs ressemble à un parc d’attraction surnaturel. Ces inventions artistiques donnent à l’île une réalité mystérieuse comme du temps où des vaisseaux y étaient lancés en quête de voyages à travers le monde. L’éléphant de Delarozière et d’Orefice, une machine de 10 mètres de haut qui marche d’un pas lourd, qui barrit et qui arrose les foules d’eau grâce à son conducteur marionnettiste, est l’une de leurs créations les plus connues. Le Carrousel des Mondes Marins (incroyable sculpture dédiée à la mer, faite d’étranges et inquiétantes créatures marines qui tournent dans une gigantesque pièce montée sur trois niveaux) et l’Arbre aux Hérons (où vous pourrez parcourir de branche en branche d’étonnants jardins suspendus et embarquer pour un vol circulaire sous les ailes des oiseaux) sont deux autres projets qui impulsent un élan de rêve et d’imagination dans ce monde urbain.

La version grandeur nature de l’œuvre de Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers, a capté l’imagination des voyageurs et des habitants de la région, mais c’est l’engagement de la ville à créer un environnement sain et égalitaire sur le plan social qui a fait tourner les têtes des dirigeants européens. Bien que l’instinct créatif ait servi de fondation pour le redéveloppement de la ville, c’est l’engagement de Nantes à devenir une ville où le développement durable est une priorité (depuis l’implication de ses citoyens jusqu’à une emphase sur l’utilisation des transports en commun et des vélos) qui l’a inscrite sur la carte de la renaissance urbaine quand elle fut récompensée du titre de Capitale Verte de l’Europe 2013.

Laissez-moi vous expliquer pourquoi la ville joue un rôle si important dans le bien-être à long terme de la superbe planète sur laquelle nous vivons.

La plus grande des constructions humaines

Il y a cent ans, 2 personnes sur 10 vivaient dans des zones urbanisées. De nos jours, c’est plus de la moitié de la population mondiale qui vit en ville, et on estime qu’en 2050 ce taux atteindra les 70%. Selon un rapport des Nations Unies, les villes sont responsables de 70% des émissions de gaz à effet de serre alors qu’elles ne couvrent que 2% de la surface de la planète. Avec des niveaux atmosphériques de dioxyde de carbone qui dépassent les 400 parties par million pour la première fois depuis l’ère Pliocène il y a trois millions d’années, causant le chaos sur le plan climatique et des catastrophes de l’Arctique à la Thaïlande en passant par New York, il est indéniable que ces zones de peuplement élevé font partie du problème.

La bonne nouvelle c’est que les villes font aussi partie de la solution à ce problème. Si 70% des émissions de dioxyde de carbone proviennent des zones urbaines, il est évident que si l’on veut les réduire, il faut commencer à changer ces régions. Joan Clos, directeur du Programme des Nations Unies pour les établissements urbains (UN-Habitat), explique que les dirigeants sur le plan régional et municipal peuvent jouer un rôle essentiel pour réduire les émissions de CO2 à l’échelle mondiale, et ce même quand les gouvernements nationaux ne choisissent pas cette voie.

Pour Richard Register, l’artiste visionnaire à l’origine du terme « ecocity » (ville écologique) dans les années 1970, la stratégie écologique de conception urbaine représente une des meilleures solutions pour lutter contre le réchauffement climatique. Après tout, une zone urbaine dont la conception permet de se déplacer facilement à pied ou à vélo, qui construit des bâtiments utilisant l’énergie solaire passive et qui embrasse l’agriculture locale et biologique ne fait pas que réduire sa demande d’énergie, elle montre l’exemple aux autres communautés qui se doivent de s’adapter aux changements environnementaux dus à l’augmentation du niveau de CO2 dans l’atmosphère. « Les villes sont les plus grands systèmes créés par les hommes », nous rappelle Register, « Il est possible de les construire pour qu’elles contribuent à l’évolution créative et empathique d’une planète saine et de communautés palpitantes et enrichissantes. Ce concept peut être mis en œuvre à l’échelle d’un village et s’étendre à celui d’une ville. »

Cela nous amène à nous poser la question suivante: si la solution se trouve juste sous nos yeux et qu’une nouvelle conception de nos régions urbaines peut effectivement réduire nos émissions de gaz à effet de serre, pourquoi n’avons-nous pas réussi à mettre ces idées en œuvre à grande échelle? Pourquoi alors estime-t-on que le nombre de voitures sur nos routes triplera pour atteindre les 2,5 milliards en 2050 (soit une augmentation des émissions de CO2 de 250%)? Pourquoi, quand nous pourrions utiliser les matériaux et les combustibles nécessaires à la fabrication de ces voitures pour construire des villes où les habitants n’en auraient pas besoin?

Les réponses à ces questions sont, bien sûr, complexes et varient selon les situations géographiques. Dans les pays occidentaux, où la plupart des gens ont une empreinte carbonique si élevée qu’il faudrait plusieurs planètes pour que l’on s’en sorte, l’idée de changement est souvent associée à une perte de confort, même si dans ce contexte,
« confort » signifie être coincé dans les embouteillages tous les jours et manger de la nourriture malsaine. Dans les pays émergents, tels que la Chine et l’Inde, où la consommation de biens et d’énergie est censée grimper en flèche dans les prochaines décennies, le « charme » du mode de vie glouton en combustibles fossiles et le confort qui y est associé ne font que noircir le tableau. « Pourquoi se déplacer en vélo quand on peut se déplacer en voiture? » résume très bien la mentalité des pays développés et celle des pays émergents.

Dès lors, un des défis cruciaux pour reconcevoir des infrastructures en accord avec les capacités de notre planète est de participer à la généralisation de la pensée suivante:
« pourquoi conduire une voiture quand on peut faire du vélo? »

Ouvrir les esprits et construire une ville écologique

Beaucoup de gens très intelligents ont présenté des études très convaincantes qui prouvent qu’il est temps d’agir. Les scientifiques avancent des théories inquiétantes fondées sur des tendances bien réelles. Les économistes nous disent que la bulle spéculative va éclater. Les Nations Unies se sont engagées sans réserve en faveur du développement durable. Il n’y a aucun doute, la plupart des habitants du monde savent que nous avons emprunté un chemin destructeur. Pourtant, trop souvent, les problèmes environnementaux nous sont présentés comme s’il s’agissait de la bêtise d’un enfant, alors, quand on nous demande de changer notre style de vie ou la structure de nos villes, on devient amer car on perçoit ces requêtes comme une demande de sacrifice. Nous nous sommes enfermés dans la pensée suivante: ce qui est bon pour la planète se fait au détriment de notre bonheur, « je dois abandonner mon grand garage pour sauver les ours polaires! » Avec une mentalité pareille, la seule chose que l’on peut espérer c’est que ceux qui se sentent concernés par la protection de l’environnement seront, eux, capables d’améliorer les choses afin de proposer un monde un tantinet meilleur à nos petits enfants.

Et si faire ce qu’il y a de mieux pour la planète était également ce qu’il y a de mieux pour nous sur le plan personnel? Qu’en serait-il si restructurer nos villes à une échelle humaine était une activité exaltante plutôt qu’une obligation lancinante? Qu’en serait-il si les villes écologiques faisaient partie de notre ADN culturel?

C’est ici que la créativité entre en jeu. À Nantes, les urbanistes se sont rendu compte que les conditions de vie saines sont liées aux interactions positives entre les êtres humains. Remplir les rues de la ville de créatures marines aux allures de science fiction n’est pas seulement un bon moyen d’attirer les touristes, c’est également une façon efficace de permettre aux habitants de cette ville de prendre conscience de leur environnement immédiat et d’interagir avec leurs concitoyens. Ces créatures sont là pour nous rappeler que la vie ne se limite pas à se rendre d’un point A à un point B aussi vite que possible, mais d’être présent pour les moments magiques qui se passent entre A et B. Des citoyens qui font des expériences profondes et émouvantes au cœur de leur ville sont non seulement plus à même de renoncer au matérialisme lié aux combustibles fossiles qui polluent l’air et l’eau, ils sont également plus réceptifs et ouverts aux changements qui affectent leur lieu de vie.

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